zone sahélo-saharienne

Dans l’imaginaire collectif occidental, la zone sahélo-saharienne est souvent perçue comme un vaste espace peu peuplé et inhospitalier où rien ne viendrait troubler la quiétude supposée de l’immense désert du Sahara. C’est oublier l’histoire millénaire de ces régions qui ont vu naître de grands empires florissants (Ghana, Kano, Mali) et de brillants commerçants en contact étroit avec l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient via les routes transsahariennes (âge d’or entre les XIIIe et XVIe siècle). L’arrivée des colonisateurs européens et de leur rationalité ont bouleversé les organisations de ces territoires profondément imprégnés par la dualité sédentarisme/nomadisme.

L’établissement de frontières « arbitraires » n’a cependant pas permis un meilleur contrôle territorial de l’espace. On parle de « pouvoir non territorialisé », de territoires « mal appropriés » pour souligner le fait que les pouvoirs (empires, royaumes puis États) qui se sont succédés ne sont jamais parvenus à assoir une autorité totale et parfaitement maîtrisée sur ces espaces mouvants. Les territoires en question sont immenses et ont imposé aux hommes d’être mobiles, résilient pour s’adapter aux incertitudes climatiques (suivre la pluie) souvent avec ingéniosité (pour cela, je vous renvoie à l’histoire des Peuls et de leur stratégie pastorale qui les a conduits à une perpétuelle migration dans la zone).

Aujourd’hui, la zone sahélo-saharienne fait tristement les gros titres de l’actualité. L’impossibilité pour les États d’une réelle appropriation de ces espaces a permis de laisser la place à des groupes qui savent tirer profit de cet état de fait : groupes terroristes islamistes, trafiquants de drogue, d’armes et d’êtres humains qui déstabilisent en premier lieu l’équilibre précaire construit au fil du temps par les populations locales. La présence militaire étrangère (plus particulièrement française) permet d’apporter un éphémère sentiment de sécurité dans les grands centres urbains qui restent régulièrement touchés par des attentats d’ampleur (Hôtel Radisson Blu de Bamako en novembre 2015, terrasse du Cappuccino et hôtel Splendid de Ouagadougou puis Ambassade de France en 2016). Comment lutter contre des groupes fins connaisseurs de l’espace, dont la capacité de déplacement est très forte et qui savent entrer en latence pour mieux ressurgir là où on ne les attend pas ? Personne ne semble aujourd’hui avoir de réponse.

La carte proposée est peu joyeuse : elle dresse une synthèse de l’état actuel des choses d’un point de vue géopolitique. Elle ne doit cependant pas nous faire oublier toute la beauté et l’intelligence des lieux et des populations qui composent cet espace que l’on ne saurait réduire à la guerre et aux flux illicites.

Christophe Chabert